Grâce au challenge Be walk, plus de 1.800.000 embauches sont prévues en France et dans le monde.

Du 13 au 20 mai prochain sera organisée l’édition 2019 de l’exténuant, mais tout autant passionnant et divertissant, Challenge Be walk. Après avoir téléchargé l’application internet, les compétiteurs, regroupés par équipes de 4, devront marcher le plus possible pour remporter l’un des nombreux prix.

Alors que cette compétition n’était, au départ, qu’un moyen pour forcer les collaborateurs à maigrir pour gagner en productivité et réduire les arrêts maladie liés à un excès de cholestérol ou une hausse de la pression artérielle, Be walk a produit un effet de dynamisation de l’économie française, mais également européenne et même mondiale, en termes de création d’emplois. “Pardon, mais vous avez oublié de dire que la marche libère des quantités impressionnantes d’endorphine. C’est inadmissible d’omettre ce point-là, mais c’est humain d’oublier. C’est pas bien ce que vous avez fait, mais je ne vous en veux pas. Donc, la prochaine fois, il faudra dire en premier que la marche, c’est bon pour lutter contre la dépression”, fait savoir un cadre à la limite du burn-out, tout en riant et pleurant à intervalles réguliers.

“Faire gaffe à ces adeptes de Machiavel”

Le plus célèbre challenge de marche connectée est ouvert aussi bien aux étudiants, qu’aux salariés, tous niveaux de salaires confondus, mais également aux dirigeants. “Pour la première fois, les auto-entrepreneurs (micro-entrepreneurs, ndlr) sont de la partie. Avant, pour une question de planning, ils ne pouvaient pas participer à Be walk car la majorité d’entre eux faisait tout le temps la file au RSI pour résoudre un problème de montants injustement dûs. Mais avec la suppression du truc qui siphonne arbitrairement leur pognon aux auto-entrepreneurs (RSI, ndlr), ils ont le temps de marcher et de remporter l’édition de cette année. On devra faire gaffe à ces adeptes de Machiavel (micro-entrepreneurs, ndlr). Ils sont connus pour être sournois sous leurs airs de gentils et inoffensifs gagne-petits. Mais en fait, comme dans le domaine des affaires, ces nuisibles sont enragés, mais détendus et aimables en même temps. Normal, ils ne paient pas de TVA ces enfoirés. On connaît leur astuce. On va les suivre de près ces enculés !”, prévient un compétiteur qui possède une SARL qui a évité le redressement judiciaire une cinquantaine de fois en 5 ans d’existence, tout en sautillant afin d’être prêt le 13 mai prochain.

“Blum, Jaurès ou Mendès France, auraient-ils fait ce challenge… ?”

Lors du Be walk, pourront concourir entreprises privées, syndicats mais également les organismes publics. “C’est anti-syndical leur machin. C’est même proche de l’esclavagisme. J’en ai parlé à notre représentant syndical et il m’a dit qu’on ne devait pas faire un seul pas avant de savoir à combien s’élèvera notre prime de marche. Vous remarquerez qu’il n’y a aucune équipe bé wok (Be walk, ndlr) de la CGT, de FO ou de n’importe quel autre syndicat. Moi, je ne suis pas dans la fonction publique pour faire des trucs gratos. Sinon, je serais allé dans le privé. Nous, on exploite le système et pas l’inverse, sacré nom d’une putain de réforme du statut des fonctionnaires. Hors de question de me faire cavaler pour un trophée qui ne sera même pas pris en compte dans le calcul de la retraite de misère qui m’attend. Pour un fonctionnaire de 50 ans, quand tu touches 4.500 euros de retraite par mois, c’est rien du tout. Alors si, en plus, je dois crapahuter gratuitement, non, non et renon !. Blum, Jaurès ou Mendès France, auraient-ils fait ce challenge de mes deux ?. Je n’en suis pas si sûr. Pareil pour Thierry Marx (Karl Marx, ndlr) ou Trotski. Ils auraient dit nein ou niet à ce bé wok (Be walk, ndlr). Mais attention, je respecte ce genre de défi, même s’il est de tendance libéralo-capitaliste car basé sur l’effort, la rivalité et la dislocation des liens fraternels du genre humain. Il est pas moche leur trophée en plus. En mai prochain, la lutte finale sera rude pour être champion du Challenge Bé wok (Challenge Be walk, ndlr). Mais nous, les fonctionnaires, on ne s’est pas encore inscrits. Il faut savoir que le fonctionnaire ne veut que son dû, bordel !. Donc, on négocie notre prime de marche. Il faut battre le fer quand il est chaud, sacré nom d’une putain de réforme du Code du travail. De toute façon, le gouvernement cédera. Ça va la foutre mal au ministère de la compétitivité s’il n’y a pas un seul fonctionnaire français qui participe à ce challenge. Ils auront l’air de quoi, au gouvernement, devant les états étrangers qui font participent à cette compétition ?. Ils se marreront vachement bien les américains, les allemands, les russes, les japonais ou les chinois de ne pas avoir d’équipe de fonctionnaires français en face d’eux. Donc, si on a notre prime de marche, on marchera. Du passé, nous ferons table rase. Mais marcher gratos, non. Et puis quoi encore ?”, questionne un fonctionnaire.

“Du suspense, de la motivation, de la compétition…”

Mais fort heureusement pour le rayonnement économique de la France à l’échelle mondiale, tous ne sont pas de cet avis. “Vous allez voir. C’est vraiment génial ce challenge. Il y a tout dans cette compétition. Il y a du suspense, de la motivation, de la compétition. Le tout, dans la bonne ambiance. Bon, c’est vrai que les entreprises du privé sont avantagées. Les collaborateurs des entreprises privées sont habitués à la compétition. C’est normal, t’es toujours obligé d’être sur tes gardes dans le privé, sinon tu vas direct au RSA ou pire, à Pôle Emploi, avec leurs Assedic qui te rendent fou même un RH ou un contrôleur de gestion, tellement leurs calculs et leurs démarches sont compliqués. Par contre, dans les collectivités publiques, c’est différent. Il n’y a pas ce côté jungle, dans lequel, si tu rêvasses au boulot ne serait-ce que 2 minutes, tu te fais bouffer en 3 bouchées par un collègue jaloux qui veut te piquer ta place ou ton projet sur lequel tu bosses depuis 4 mois à coups de nuits blanches, de scènes de ménage entrainant un divorce systémique et à coups de fêtes d’anniversaire ou d’enterrements ratés. Le côté tranquille, où tout va doucement, les fonctionnaires le font tous les jours à leur boulot. Mais durant ce challenge Be walk, il faut être en mouvement tout le temps, 24h sur 24. C’est comme si tu travailles à la bourse, dans le digital ou dans la grande distribution. Tu dois toujours regarder ton écran et le classement des équipes d’en face. Mais les fonctionnaires peuvent venir. Ils sont les bienvenus. Nous accueilleront avec grand plaisir les tortues ou encore les paresseux comme on les appelle entre nous pour les taquiner. On les aime bien, mais aucune équipe du privé n’accepte de fonctionnaires dans ses rangs. Même si c’est de la famille ou des amis. Non, il ne vaut mieux pas prendre dans ton équipe un fonctionnaire pour les performances globales. Le seul moment où ils courent, c’est quand arrive l’heure de la pause ou de la fin de journée de travail. Le reste du temps, c’est ‘j’y vais tranquille’ en traînant des pattes. Avec la neutralité due à mon statut, je vais te dire une chose, ne prends jamais un fonctionnaire comme coéquipier Be walk. A moins que tu y participes de manière symbolique. Si tu fais Be walk pour gagner, ne prends pas de fonctionnaire, surtout pas !”, conseille bruyamment un organisateur.

“Des fonctionnaires dans ma team ? non, merci”

Malgré les dires de cet organisateur, l’équipe d’une collectivité avait fini dans les 10 premiers l’an dernier. “Normal, c’est une collectivité semi-publique. On a marchés, nous, les disruptifs et bosseurs du privé, deux fois plus. Pendant ce temps-là, les fonctionnaires prenaient l’apéro, comme à la Bastille un jour de manifestation. Ils nous encourageaient et ils surveillaient la cuisson des merguez qu’ils disaient. Tous les membres du secteur privé de notre équipe ont fait un arrêt maladie tout de suite après, tellement ils étaient crevés. Il y en a même un qui s’est fait poser une prothèse à cause de l’usure des articulations de sa hanche. Donc, des fonctionnaires dans ma team ? non, merci. Il n’y a que les fonctionnaires de La Poste que les participants du secteur privé redoutent. Surtout ceux qui font leurs tournées à vélo. Ils cavalent les bougres !. En ce qui concerne les autres fonctionnaires, rien à craindre. A part, bien évidemment, l’équipe des impôts qui remontent dans le classement d’année en année. On les a à l’œil eux. En même temps, pour une fois que quelqu’un les a à l’œil. D’habitude, c’est l’inverse (rire nerveux). Avec la crise budgétaire et tous les déficits, ils sont en sur-régime. Ils font contrôles fiscaux sur contrôles fiscaux. Ils n’arrêtent pas de marcher. Donc, forcément, ça renforce leurs ischio-jambiers et leurs quadriceps. Ils sont affûtés pour l’édition 2019. Durant les éditions précédentes, c’est vrai, je le reconnais, on les laissait toujours atteindre le podium. Personne ne veut d’un putain de contrôle fiscal qui l’enverra dormir sous les ponts, même sous les magnifiques ponts parisiens, avec la femme et les marmots. Donc, la troisième ou deuxième place, oui. Mais ils n’auront pas la première place, hors de question. Jamais !”, atteste sur l’honneur un participant qui subit en ce moment même un fastidieux et douloureux psychiquement, mais utile pour le bon fonctionnement de la nation, contrôle fiscal.

Le challenge Be walk se déroulera du 13 au 20 mai prochain. L’épreuve consistera à faire le plus de pas possibles. “Attention, pas de triches. A chaque édition, on chope entre 20 et 30 équipes qui accrochent leurs smartphones à leurs clébards ou à leurs hamsters. Avant, il n’y avait pas de sanction autre que la disqualification. Mais l’an prochain, nous obligerons les tricheurs à faire un circuit de 3 fois 42 kilomètres pour faire des exemples.Mais il y aura des pauses. Après chaque marathon, ils pourront souffler 30 minutes. On ne veut pas de tire aux flancs et encore moins de tricheurs !. Et puis, c’est pas fair-play”, précise avec sagesse et probité l’un des organisateurs qui, auparavant, faisait partie de l’équipe du Medef.

“Ils en veulent ces petits cons”

La motivation des dirigeants d’entreprises, jugée excessive par plusieurs syndicats, les entraîne à mettre toutes les chances de leurs côtés. Afin de remporter le titre suprême Be walk, des centaines de milliers de sociétés, mais également des organismes publics, engagent “du personnel pour marcher en CDD pouvant déboucher sur un CDI, mais uniquement pour les plus endurants”, selon un CEO. Des postes de stagiaires n’ont jamais été aussi importants sur les sites d’emploi en ligne, mais également chez Pôle Emploi. “C’est bien les stagiaires, ils sont dynamiques. Ils en veulent ces petits cons. Ils savent que sans attestation, ils n’auront jamais leur putain de diplôme. Moi, j’engage uniquement des stagiaires. Ils marcheront vite et bien. De toute façon, ils sont obligés d’être dociles et de remporter le trophée. Sinon, je fous leur attestation de stage à la poubelle”, prévient le RH d’une grande entreprise. Même son de cloche à l’étranger. “Pour chacune de nos filiales, il y aura une équipe dédiée au Challenge Be walk. D’habitude, nous exigeons en priorité un esprit corporate pour obtenir un poste chez nous. Mais pour cette épreuve, seul l’esprit musculaire sera pris en compte”, reconnaît avec un sourire, mi-frénétique, mi-tendre, un manager, tout en inspectant les impressionnants mollets d’un candidat à l’embauche. Il ajoute, “Lui par exemple, il est engagé. Tu porteras le dossard 3 dans l’équipe de la filiale de Düsseldorf ou de Madrid, je verrais. J’aviserai en temps voulu. Allez, au suivant !. Bonjour, fais voir tes mollets !”, demande à un candidat à l’embauche le RH d’une multinationale spécialisée dans l’industrie.

Les analystes économiques prévoient la création de plus de 1.800.000 emplois dans le monde grâce au Challenge Be walk. “En termes de création de postes, avec leur application à la con, ces connards font mieux que nous. On va passer pour des incompétents”, reconnaît le ministre de l’emploi d’un pays européen.

 

 

Crédit-photo : Goumbik, pixabay, cc0.

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